Les festivals font partie du paysage de la BD, il suffit de consulter la rubrique Agenda du site pour constater qu’on peut en trouver partout en France, tout au long de l’année. C’est autant un lieu de rencontre entre lecteurs et auteurs que de promotion ou de découverte de secrets de fabrication. Tous les bédéphiles n’arpentent pas régulièrement les festivals, certains n’y ont jamais mis les pieds. L’équipe de BDGest a choisi de consacrer les colonnes de son blog à Quai des bulles 2008 avec une ambition modeste. Celle de d'offrir un aperçu de ce festival et qui se traduira pendant la durée du festival par quelques images transmises depuis le site (expositions, animations) ainsi que quelques témoignages : de l’équipe qui l’organise, d’auteurs présents mais aussi de visiteurs, qu’ils appartiennent à la catégorie des promeneurs, des amateurs éclairés ou des professionnels de la dédicaces. Pourquoi St Malo ? Parce que nous, on s’y sent bien. Comme un visiteur lambda. Tout simplement.

Nous ouvrons cette page spéciale avec un entretien avec Lucien Rollin, dessinateur de Ombres, Le décalogue t8 Nahik, Back world (Glénat), mais aussi Vice-président du Comité d’organisation de Quai des bulles.

Dans l’édito de Belzébul n°6, revue consacrée au festival de St Malo, Bruno Heitz (Un privé à la cambrousse - Le Seuil) affirme, dans un concert de louanges et en réservant quelques coup de griffes à d'autres, que « Quai des bulles est une fête qui donne envie de dessiner ». Pour l’amateur de BD - dont nous faisons partie -, parfois aussi las de manifestations similaires qu’un auteur, c’est sensiblement la même chose : Quai des bulles est un gros festival,très fréquenté avec tout ce que cela implique, et pourtant on guette chaque année la fin octobre pour avoir le plaisir d’y retourner.

Ce genre de commentaires, sincères, ça donne de l’énergie ou ça met la pression ?
L.R : Sûrement de l’énergie et la sensation que ce festival, malgré le fait qu’il ait grandi, a réussi à garder son âme du début. Et ça? c’est essentiel pour nous.

Après 27 éditions, l’organisation d’un festival de cette dimension, c’est une formalité ?
L.R : Tous ceux qui s’occupent de l’organisation d’un festival savent que c’est tout, sauf une formalité. Malgré des bases établies et qui font le cœur d’un festival, tout est à refaire, ou à faire, devrai-je dire, chaque année. Savoir se remettre en cause à chaque instant est la seule solution pour accompagner l’évolution d’un tel évènement. Quai des Bulles a survécu à bien des épreuves et des crises et nous savons tous que, d’une année sur l’autre, rien n’est jamais gagné. Ça, c’est une saine vision des choses qui permet de ne pas s’endormir sur une autosatisfaction qui pourrait être dangereuse et sclérosante.

Affiche
L'affiche 2008 signée JL. Mourier

Comment est né Quai des Bulles ? Quelles ont été les étapes-clés ? Et depuis quand en êtes-vous un acteur ?
L.R : A l’origine, c’est Jacques Plouët qui travaillait à la maison des associations qui a crée le festival de la BD de St-Malo. Ça se passait au théâtre de St-Servan. Il a fait appel à ses copains dessinateurs pour le seconder, Jean-Claude Fournier étant le plus connu. Et hop, c’était parti ! C’était la période de la naissance de Frilouz, pour les connaisseurs (NDLR : revue BD à ancrage régional dont le premier n° a été publié en juin 1982). J’ai fréquenté le festival dès la deuxième édition, d’après mes souvenirs.
Le festival a rapidement migré au Palais du Grand Large. Une dizaine d’année d’existence, puis la crise ! Naissance d’Etonnants Voyageurs et deux ans de galère à cohabiter avec ce nouveau festival littéraire. Puis la renaissance, ou la naissance de Quai des Bulles tel qu’on le connaît aujourd’hui. En très gros, voici l’histoire du festival ! On ne va pas rentrer dans les détails. J’ai fait partie de l’association un certain temps, hésitant à me lancer plus loin dans l’aventure. C’est Fournier qui m’a poussé sur le ring, en me proposant d'endosser la responsabilité de la communication. Et voilà, c’est comme ça que je me suis fait piéger, mais je ne le regrette pas, vraiment pas.



En quelques mots, peut-on en savoir plus sur les coulisses de l’organisation de l'édition 2008 ?
L.R : Pour la composition, je vous renvoie à Belzébulle, le journal que nous éditons à l’occasion du festival. Au moins, là, personne ne sera oublié. Il faut savoir que nous avons des salariés à l’année, parce qu’entre le débriefing et la mise en place du festival suivant, le temps passe très, très vite et qu’il y beaucoup de boulot administratif à faire. Entre les CA et les CO, nous devons avoir une dizaine de réunions officielles. Une trentaine de personnes s’activent toute l’année.
Sans oublier l’équipe des nombreux bénévoles qui nous rejoignent au moins un mois avant le festival. Je n’oublie pas l’apport technique des services de la ville de St-Malo. Bref, une grosse machine qui bosse pour que le week-end du festival se passe aussi bien que possible avec un minimum de « couacs ».

Dans quelle mesure votre statut d'auteur de BD a-t-il été un atout (ou un handicap) dans l'organisation du festival ?
L.R : La spécificité essentielle de ce festival, c’est le fait que de nombreux auteurs ont toujours participé d’une manière active à sa réalisation. Historiquement, jean-Claude Fournier, Alain Goutal et Dieter ont été les premiers à donner de leur temps et de leur énergie. D’autres ont suivi depuis. Et je crois sincèrement que cela a pu donner une grande crédibilité à tous ceux qui ont aidé ce festival, et en premier lieu la ville de St-Malo qui nous a toujours fait confiance.

Comment s’opère le choix des auteurs présents durant les trois jours ? Le choix des expositions et des animations ?
L.R : Dès la « naissance » de Quai des Bulles, après la crise évoquée précédemment, son impact a été si bien ressenti par le milieu que les éditeurs n’ont pas tardé à nous proposer d’amener eux-mêmes des auteurs. D’où un débat au sein de l’organisation sur le thème « allons-nous perdre notre indépendance vis-à-vis des éditeurs si nous acceptons cette idée ? ».
Je crois que nous avons très bien su gérer cette question, et je dois dire que les éditeurs ont toujours respecté dans l’ensemble ce souci de notre part de garder notre autonomie. Bref, ce partenariat avec eux a marqué un grand tournant dans l’évolution de Quai des Bulles.
Nous invitons directement une cinquantaine d’auteurs : les primés, des auteurs liés aux expos ou aux animations que nous mettons en place, et plus simplement ceux que l’on a envie d’inviter ou qui font partie depuis très longtemps de notre « patrimoine ». Nous sommes 4 ou 5 à proposer des noms, et nous en discutons ensemble. Et les éditeurs nous adressent la liste des auteurs qu’ils désirent voir présents sur le festival. Voilà, en gros, comment ça fonctionne.
Pour les expositions, tout le monde, au sein du CO, peut amener des idées et il y a un responsable qui va travailler, avec son équipe, à les concevoir et les monter. Alain Goutal a été jusqu’à l’année dernière le grand artisan de ces expos qui ont fait en partie le succès de Quai des Bulles.
Cette année, Fred Lecaux a repris le flambeau et nous n’avons aucune inquiétude. Fred va amener sa « patte » mais reste dans l’esprit de Quai des Bulles. Quant aux animations, il y en a des ponctuelles, et d’autres qui s’inscrivent dans l’histoire du festival. Je pense par exemple au Conte à Bulles, ce superbe spectacle créé par Jean-Claude Fournier. Il y a un responsable pour chaque animation. Par exemple, Jean-Pierre Eugène nous propose chaque année une programmation cinéma.
Et il existe aussi des partenariats qui s’établissent avec des éditeurs comme pour la grande expo sur Thorgal l’année dernière et les « 20 ans d’Aire Libre » cette année.
Tout est discuté, soit au CA, soit au CO et nous essayons de créer une vraie dynamique autour des choix à faire chaque année.


Image de Bruno Heitz pour l'édito de Belzébulle n°6

Qu’est-ce qui a changé ces dernières années dans l’organisation ?
L.R : Oh, il y eu bien sûr des changements de personnes, tant sur le plan administratif que des auteurs engagés dans l’aventure de Quai des Bulles. Parmi les nouveaux, je pense par exemple à Joub, Nicoby, Miniac et d’autres encore pour une contribution plus épisodique. Pour ma part, lorsque j’ai pris en charge la communication du festival, j’ai essayé de donner de nouvelles orientations à l’image que devait donner Quai des Bulles. Cela a été symbolisé par le nouveau logo de Christian Rossi et les compétences de maquettistes de Joub.
Et chacun amène sa pierre à l’édifice dans son domaine, d’année en année. Un festival doit rester vivant et savoir « bouger ». Une seule règle immuable : savoir conserver la qualité de l’accueil des auteurs et du public, et donner une image riche et variée de ce qu’est la Bande dessinée.

Un festival comme celui-ci, quand on est à la fois auteur et organisateur, c’est un bon moyen pour voir ses potes ou, au contraire, les rencontres sont-elles plus faciles dans d’autres festivals ?
L.R : Avoir les deux casquettes implique forcément une disponibilité par rapport à l’organisation même, mais cela ne m’empêche pas de profiter au maximum du festival. Les soirées sont assez longues pour ça (sourire).

Un festival sans dédicaces ou choisir de consacrer une journée à des rencontres avec des auteurs ou des éditeurs sans dédicaces, c’est réalisable ? Souhaitable ?
L.R : A ma connaissance, il y a eu, il y a quelques années, une tentative d’organiser un festival sans dédicaces, avec un gros boulot fait sur des rencontres “différentes” entre le public et des auteurs. Mais le public n’a pas vraiment suivi.
Je crois tout simplement qu’un festival se doit de pouvoir offrir les deux facettes de ce métier : offrir au public, via des expositions de qualité et d’animations variées, une approche disons « culturelle » de ce que peut être la bande dessinée, et aussi une rencontre plus classique liée à la dédicace. Plus commerciale. Ces deux aspects se juxtaposent très bien à Quai des Bulles, et nous essayons, du mieux que nous pouvons, de faire en sorte que le public y trouve son compte.



Si on doit ne passer qu’une demi-journée sur Quai des bulles le week-end prochain, qu’est-ce que tu nous conseilles de ne pas manquer ?
L.R : Oh, voilà une question piège ! J’ai tout simplement envie de répondre qu’une demi-journée, cela risque d’être de toute façon très frustrant : à éviter absolument ! (sourire)