Double événement cette année au festival de Saint-Malo pour Ratafia, la série créée par Nicolas Pothier et Frederik Salsedo. Tout d'abord la sortie en avant-première du tome 5, Le nénuphar instantané. Mais aussi une exposition haute en couleur consacrée à Romuald et à ses acolytes.

FREDERIK SALSEDO

Quel est votre sentiment de voir à Saint-Malo une exposition consacrée à Ratafia ?

Nous sommes très fiers de voir cette exposition à un festival comme Saint-Malo, qu’on adore. C’est vraiment un honneur.

De quelle manière avez-vous travaillé à sa préparation ?

L’exposition a en fait été préparée par l’association « On a marché sur la bulle » qui a réalisé un boulot remarquable. Ce fut une véritable surprise pour nous puisque nous n’avons quasiment rien vu de sa préparation. Montée spécialement pour le festival d’Amiens cette année, elle est désormais devenue itinérante.

Dans le tome 5, contrairement aux autres, il n’y a pas de résumé des épisodes précédents au début de l’album. Pourquoi ?

Car c’est un one-shot indépendant qui ne nécessite pas forcément d’avoir lu les tomes précédents et qui inaugure de nouvelles aventures : première aventure sans carte au trésor, première aventure à terre, première aventure qui tient dans son intégralité en un seul album.

Est-ce le début d’une série de one-shot se déroulant dans des pays différents ?

Il n’y a pas, pour l’instant, de plan prédéfini.
Ratafia représente aujourd’hui le pilier du catalogue Milan. Cela vous apporte plutôt plus de contraintes ou plus de libertés ?

Nous n’avons jamais eu d’obligations. On signe album par album les contrats sans être tenus d’en faire un nouveau. On a commencé la série en faisant exactement ce qu’on voulait, sans aucune contrainte, et ça continue aujourd’hui. La seule pression réside peut-être au niveau du temps de réalisation d’un nouveau tome, une fois qu’il a été entamé, pour des soucis évidents de visibilité.

Ce soir est organisée une soirée surprise en l’honneur de la sortie du 5ème tome de Ratafia. Est-ce une surprise pour vous aussi ?

Oui. On adore les surprises !

Avez-vous une anecdote à nous raconter sur un événement insolite survenu lors d’un festival ?

Pas de souvenir précis, sinon des lendemains de fêtes où il faut se remettre quand même devant sa table de dédicaces avec la nausée et une grosse barre dans le front.


NICOLAS POTHIER

Après un quatrième tome se déroulant presque exclusivement sur l’eau, le cinquième est au contraire beaucoup plus « terrien ». Est-ce une volonté de changer d’ambiance ou un simple hasard ?

Quand on a commencé Ratafia, on ne savait pas vraiment si la série allait durer ou pas. J’avais trouvé le prétexte de mettre la carte au trésor, élément qu’il a fallu après assumer. D’ailleurs, de 3 tomes prévus au départ, l’histoire s’est déroulée finalement sur 4 albums. Mais ce n’était pas du tout prémédité. Sans réelle ligne directrice, le scénario, sorte de road-movie sur l’eau agrémenté de blagues, de références et de jeux de mots, pouvait tenir sur un bout de papier. C’est d’ailleurs ce qui a pu plaire. Sur le tome 5, on a voulu revenir à un one-shot, qui resserre la narration. Il est, dans ce sens, beaucoup plus réfléchi.

Pour la suite, pensez-vous privilégier le one-shot ou bien renouer avec une série de quelques tomes ?

Plusieurs discussions sont en cours, avec une préférence pour le one-shot.

Avec des escales ?

Par exemple. On aimerait trouver un thème. Pas forcément celui du voyage mais pourquoi pas celui d'une enquête sur le bateau. Après, tout dépend des inspirations du moment. Frederik Salsedo part sur un one-shot avec un autre scénariste, ce qui risque de retarder la sortie du tome 6.

En dehors de Ratafia, avez-vous d’autres projets ?

Je travaille actuellement avec Brüno sur Junk, western en 2 tomes, avec des changements éditoriaux annoncés : une partie du catalogue de Treize Etrange part chez Glénat. Ainsi, le premier tome de Junk, ainsi que Voies Off, passent chez Glénat. De même, le deuxième tome de Junk va sortir sous le label Treize Etrange appartenant désormais à Glénat. On a donc dû temporiser un peu avec Brüno ne sachant pas à quelle sauce on allait être mangés. Il n’a pas attaqué le tome 2 de Junk aussi rapidement qu’il l’aurait souhaité. A priori, la sortie est prévue pour la rentrée 2009 alors que je pensais le sortir avant l’été. Je suis également en train de travailler pour d’autres projets chez Glénat.

Dans quel registre ?

J’aimerais bien quelque chose qui ressemble un peu à Ratafia, qui m’a collé une étiquette d’auteur humoristique. J’ai attaqué un projet qui a aujourd’hui besoin d’un dessinateur. D’ailleurs j’en profite pour passer une petite annonce : « scénariste cherche dessinateur » (rires). J’aimerais aussi travailler sur autre chose avec Brüno après la sortie du tome 2 de Junk.

Seriez-vous tenté pour revenir à quelque chose de plus réaliste dans la veine de Voies Off ?

Absolument. Même si rien n’est encore signé, j’aimerais pouvoir retravailler avec Yannick Corboz qui vient de sortir un album chez Delcourt (le tome 2 de Célestin Gobe-la-Lune). On travaille d’ailleurs actuellement ensemble sur des projets BD en rapport avec les jeux video. Cette collaboration a permis de se recontacter ce qui n’est pas forcément évident quand un auteur, a fortiori un dessinateur, part sur un autre album, ce qui lui prend souvent 8 ou 9 mois. On doit d’ailleurs réaliser le tome 2 de Woody Allen chez Nocturne, le 1 étant celui qui a le mieux marché dans la collection « BD Ciné », même si aujourd’hui il existe des problèmes de droit sur la musique passant dans le domaine public. Le scénario et le story board sont prêts.

Ratafia est un peu le pilier des éditions Milan. Cela vous apporte plutôt plus d’obligations ou plutôt plus de libertés ?

Le seul problème aujourd’hui concerne l’avenir un peu flou de la BD chez Milan. Pour le reste, il n’y a aucune pression sinon celle qu’on se pose nous même pour une série qui commence à bien marcher. On a profité du fait d’être dans une petite structure. Le même succès chez d’autres éditeurs ne nous aurait sûrement pas permis d’obtenir une telle vitrine. Nous sommes conscients de notre chance. Aujourd’hui, ça nous ouvre des portes vers d’autres maisons qui nous sollicitent, en plus de Glénat, même s’il faut bien entendu apporter des projets qui plaisent aussi. On fait toujours les choses qui nous font envie. Maintenant, peut-être que Milan va faire pression pour ne pas attendre trop longtemps la sortie d’un nouveau tome…

Quelle est pour vous la particularité de Saint-Malo par rapport aux autres festivals ?

Saint-Malo, c’est tout d’abord une ambiance. C’est à la fois un grand et un petit festival. Petit par rapport à Angoulême, sans son côté « industriel », et grand par rapport à la majeure partie des autres manifestations, avec un aspect pro en plus. Etre près de la mer est aussi quelque chose de particulier, encore plus cette année avec l’exposition Ratafia qui revient d’Amiens et qui a été louée par Saint-Malo. D’ailleurs, quand on voit que celle-ci se trouve à côté de celle de Guarnido ou de celle des 20 ans d’Aire Libre, c’est à la fois très flatteur et presque inespéré. Le tome 5 y est présenté en avant première puisque la sortie officielle aura lieu seulement début novembre. Et le tout sera fêté lors d'une soirée Ratafia. Bref, tout s’est conjugué cette année pour qu’on soit vraiment contents d’être là. Avant la BD, je ne m’étais jamais rendu à Saint-Malo et c’était pourtant un festival où j’avais toujours eu envie d’aller. Ce sont finalement les pirates qui m’ont permis d’y venir, à l’occasion de la sortie du tome 1 de Ratafia. On a un grand plaisir à y retourner tous les ans, un peu comme au festival d’Amiens d’ailleurs, avec lequel il y a de nombreux points communs. Dans les deux cas, les organisateurs connaissent bien la BD. Néanmoins, Amiens conserve une saveur particulière puisque ce sont eux qui ont monté l’exposition Ratafia en plus d’avoir toujours soutenu la série dès le début. Forcément, entre ceux qui ne nous aiment pas et ceux qui nous aiment bien… le choix est vite fait (rires).

Interview éalisée par L. Cirade et L. Gianati