Bon, alors, avant dernier post pour moi, et je laisse la place! J'ai essayé de montrer ce qu'était la vie d'auteur de BD, mais peut être, parmis les lecteurs ici présents, cela demange t'il certains de s'y coller. Donc, pour pouvoir vous jeter à l'eau, je vous conseille les vieux, mais toujours efficace, tomes de "l"art de la BD" chez Glénat par Duc. Mais en plus récent, il y a une collèc super sympa et bien foutue aux éditions Eyrolles. Mais pour cela, je vais donner la parole à celui qui a conçu cette collècs, j'ai nommé, l'omnopoilu Jean-Marc Lainé !(Je vous préviens, c'est un bavard!!!;)( Au fait, il y a pas mal d'extrait de Tessa, et d'autres de mes prods dedans, ainsi que des Péru, et de toute la bande de potes qu'on est, mais pas seulement;)
-Bonjour Môssieur Jimbo Jim, Jim, Jean-Marc Lainé, Môssieur le spécialiste du dessin de caillou,Wolvepopey AKA le loup blanc...
Hein ? Où ça ? Derrière moi ? Vite, un autographe ! ! !
- T'es qui toi ? Présente-toi ! Nom, prénom, age, taille et tour de taille !!! Et que ça saute !
Chef oui chef ! Je m’appelle Jean-Marc Lainé, mais comme j’ai longtemps bossé dans les comics, avec des auteurs américains, pour qui les prénoms composés, à part Billy Bob et Pamela Sue, sont des curiosités un peu imprononçables, j’ai été rebaptisé « Jim », sur le modèle de Jeff pour Jean-François (tu prends le J, tu prends le M, ça fait Jim, voilà).
J’ai 37 ans, je fais 1m78 et je pèse un peu trop par rapport à ma taille. Je suis divorcé, célibataire, sans enfant. Je suis né en Normandie, où je suis retourné vivre peinard il y a un an et demi, après avoir passé huit ans sur Paris, pour travailler sur les comics et les albums de Semic notamment. C’est là que j’ai fait la rencontre de tas de rédactions (les Humanos, Toth, Pif-Gadget, Soleil, Delcourt…) et de nombreuses personnes dans la profession (François Corteggiani, Gil Formosa, Olivier Vatine, Didier Crisse, Victor De La Fuente, Ciro Tota…), et toute une « nouvelle génération » qu’on a vu apparaître dans la première moitié de la décennie : Olivier Peru, Phil Xavier, Alexe, Nicolas Mitric, Mauricet, Alain Henriet, Arnaud Boudoiron, et toi, bien entendu.
Et donc, depuis quelques années, je suis devenu scénariste (en plus de quelques autres trucs ici et là…) et indépendant, ce qui m’a permis de m’échapper de la tourmente parisienne.
- Tu viens d'où ? professionnellement parlant ? C'est quoi ton parcours ?
J’ai fait des études de lettres. Je suis resté cinq ans, je dois donc en être à la lettre E. Au lycée, j’étais parti pour des études de droit (et tout le reste de travers, comme disait Coluche). Mais j’ai eu comme qui dirait des doutes sur l’aspect juste du métier d’avocat. Et sans doute aussi que, fainéant comme je suis, j’ai eu peur de la somme de travail nécessaire pour y parvenir. Bref, l’un dans l’autre, je suis allé en fac de lettres, avec une double idée : faire des études pour le plaisir (parce que bon, faut être honnête, des études de lettres, ça ne mène à rien, faut faire des formations par la suite, pour devenir prof, journaliste ou bibliothécaire, ça sert pas à grand-chose, si ce n’est ouvrir au monde et épaissir la culture générale…).
Mais j’ai toujours voulu faire de la BD. Je me suis plutôt orienté vers le scénario, parce que je n’assurais pas assez question dessin (sans doute, là aussi, qu’il y avait trop de travail à fournir et que j’étais trop fainéant pour bosser). J’étais dans le même collège puis lycée que Denis Bajram (et que le frère cadet du juge Van Ruymbeke, mais ceci est une autre histoire), on est devenus potes et on a commencé à produire des pages ensemble. On s’est attelé à une mini-série consacrée au Doctor Doom, l’ennemi des Fantastic Four chez Marvel. Un truc qui nous a tenu des mois, et qui nous a appris (en tout cas, qui M’A appris) plein de choses. Ça n’a jamais abouti, mais ça a servi à nous mettre le feu !
Plus tard, Denis est passé par la fac de science, puis il est revenu aux Beaux-Arts et aux Ars Déco. Grâce à moi, alors que j’écrivais dans Scarce, il a livré des illustrations et des BD pour « le magazine au goût américain ». Ensuite, il est allé au Goinfre, et le zine a chopé un prix à Angoulême durant « ses » années. Bref, il se faisait son réseau…
De mon côté, je commençais à rencontrer des gens, à m’occuper du stand de Scarce sur des festivals, et à orienter mes études : j’ai fait une maîtrise et un DEA sur la BD, par exemple. Quand je me suis retrouvé d’abord prof (de français, latin et histoire-géo, va comprendre) puis au chômage, j’ai pris un papier et un crayon, parce que c’était à peu près le seul truc que je pouvais financer à l’époque (je n’avais pas d’ordinateur, et pas le budget pour). J’ai commencé à faire des illustrations pour un pote, qui sont remontées à Scarce via Sylvain Delzant qui était tombé dessus, et Thierry Mornet, qui était secrétaire d’édition à Scarce, m’a offert de faire une couverture. Ce fut celle du numéro 51, avec des couleurs d’Aleksi Briclot. Puis Thierry a fait mon portfolio dans l’Inédit, ce qui m’a valu d’être repéré par Soleil. J’ai donc commencé un album, sur scénario de Dominique Latil, mais au bout de huit mois, le projet est tombé à l’eau.
À l’époque, j’avais quitté l’Éducation Nationale, je faisais des illustrations de pub, et Thierry Mornet était passé chez Semic. J’ai commencé à dessiner des couvertures pour les Pockets (Rodéo, Kiwi, Spécial Rodéo, Spécial Zembla, Mustang…). Bref, j’étais surtout dessinateur, à l’époque. Quand Thierry a remonté une équipe parisienne, j’ai fait partie des heureux élus, parce que je bossais pour lui comme documentaliste et chroniqueur depuis quelques années, et je suis devenu « responsable éditorial », chargé de la moitié de la production comics. J’ai passé cinq ans et demi chez Semic. J’ai appris les rouages de l’édition, j’ai vu le passage du film d’impression au « tout-CD », bref, des années passionnantes.
Parallèlement, je me suis remis à écrire. Les Pockets avaient un tout petit budget de création, qui permettait de financer quelques pages par-ci par-là. Quand j’ai vu que ça se développait, j’ai commencé à proposer des histoires. J’ai même dessiné quelques épisodes de Zembla (pas les meilleurs, loin de là…). C’était un vivier de création avec plein de jeunes auteurs, plein d’idées, plein de projets. J’ai créé deux séries personnelles, dans les Pockets : Spiro Anaconda avec Toni Fejzula et Dolorès avec Luigi Merati. Comme toujours, l’encadrement éditorial de Thierry Mornet était très dynamisant.
Et au début de ma période Semic, je me suis acheté mon premier ordinateur, ce qui m’a permis de me consacrer à l’écriture et de développer une méthode un peu plus structurée (jusque-là, j’écrivais mes scripts à la main, avec le storyboard à gauche et le texte à droite, et j’envoyais des photocopies ou des fax. La préhistoire !).
De fil en aiguille, j’ai commencé à montrer des projets. Grâce à toi, j’ai rencontré Geyser qui s’est lancé sur le projet Omnopolis (dont le troisième et dernier volume sort en début 2009, qu’on se le dise). Grâce à Semic, j’ai rencontré François Corteggiani, qui m’a ensuite ouvert les portes de Pif-Gadget. Et grâce à Pif-Gadget, j’ai rencontré Jean-Luc Cochet, le rédacteur en chef du Journal de Mickey…
Et c’est là que j’ai plus ou moins renoncé au dessin, pour me consacrer à l’écriture.
-T'as fais une école?
C’est assez amusant, comme question, parce que, en fait, j’ai toujours considéré que les écoles spécialisées étaient assez inutiles dans nos métiers. Rien ne vaut l’enseignement sur le tas. Et pourtant, le spectre du professorat semble me poursuivre depuis des années. J’ai été prof quelques années pour échapper au chômage, et ensuite, je suis revenu vers les écoles en animant des ateliers BD dans des structures scolaires. J’ai récemment claqué la porte bruyamment, mais je vais sans doute me retrouver dans la peau d’un prof de BD pour la classe prépa d’une école d’animation, en banlieue parisienne (« more later », comme on dit). Donc, visiblement, moi et les écoles, c’est tumultueux !
Personnellement, je considère que le seul truc que les écoles peuvent apporter, c’est le réseau. Une bonne école, bien entendu, enseignera les trucs et astuces de la technique, mais surtout, offrira aux étudiants la possibilité de rencontrer des professionnels, de faire des stages, de bosser en atelier, d’aller rendre visite à des studios, ce genre de choses. C’est une chose d’apprendre la technique et de devenir un kador du crayon. C’en est une autre d’avoir les premiers contacts pour mettre le pied à l’étrier.
Je dis toujours qu’entre le mec pété de talent qui ne connaît personne et le mec pas très doué qui connaît tout le monde, celui qui s’en sortira mieux, c’est le second. J’en suis convaincu. C’est comme l’adage des juristes : « pour gagner ton procès, tu as le choix entre l’avocat qui connaît la loi et l’avocat qui connaît le juge ». Donc si j’ai un conseil à donner aux gens qui veulent faire une école, c’est de faire la liste des avantages professionnels de cette école : elle est connue ? combien de gars elle case dans des boulots professionnels par promotion ? qui sont les profs ? des gens publiés, de vrais pros ? qui est sorti précédemment de cette école ? L’école permettra de rencontrer des gens. C’est le truc qui change tout, le détail qui change tout. Parce que, en définitive, la meilleure école, c’est sur le tas.
-Bon, t'es toujours aussi bavard ??? Et oui, avant même de lire tes réponses, je sais qu'il y en aura des tartines !!!
Non.
En fait, si. Assez souvent. Mais d’une part, j’aime bien donner des réponses complètes et précises, et d’autre part, il y a tout de même un certain plaisir à écrire, en règle générale. Et répondre aux questions d’une interview par mail, c’est aussi écrire. Personnellement, moi, j’aime écrire, soigner les phrases, ciseler, faire attention à l’orthographe, au rythme, à l’énonciation, au vocabulaire. C’est sans doute à des réponses comme ça que je me ravis d’avoir embrassé la carrière de scénariste : les mots, c’est vraiment là que je m’éclate le plus.
-Rentrons un peu dans le cas précis qui t'amène ici. Tu as développé une superbe gamme de manuels de la BD aux éditions Eyrolles.
En fait, il y a trois ans, Eyrolles m’a contacté, via Jean-Paul Jenequin, pour faire un nouveau bouquin sur « comment faire de la BD ». L’idée était de marcher sur les traces des deux livres de Duc. Eyrolles avait remarqué que ses deux tomes figuraient toujours dans toutes les bonnes bibliographies, mais qu’ils étaient difficiles à trouver (je crois que l’un des deux est épuisé). De plus, les responsables éditoriaux estimaient que ces deux bouquins commençaient à dater et qu’il était temps de proposer quelque chose de nouveau. Enfin, le dernier argument, c’était qu’Eyrolles traduisait beaucoup de manuels et de guides de provenance étrangère, pour la plupart japonaise, mais aussi américaine et anglaise. Et ils cherchaient un bouquin qui parle de la BD franco-belge, et notamment du « gros nez » (mais pas seulement).
Dans les discussions préparatoires du projet, deux choses se sont dégagées.
D’une part, le travail de la BD est tel, en termes de quantité mais aussi de spécificité professionnelle, qu’un seul bouquin n’y suffirait sans doute pas. J’ai donc proposé de faire un livre par étape de travail, ce qui permet de bien sérier les problématiques et d’offrir au lecteur une approche en fonction de ce qu’il cherche : si quelqu’un se sent l’âme d’un scénariste, il a son livre, mais si quelqu’un veut se lancer dans le dessin, il a son livre aussi.
D’autre part, l’orientation « gros nez » et franco-belge m’a amené à proposer un illustrateur plus directement lié à ce style, afin de personnaliser la collection et de la distinguer de l’offre générale. En effet, Eyrolles publiait des livres expliquant comment faire de la BD, mais souvent, c’était des livres anglophones détaillant les rouages du comics ou du graphic novel, et là, ils cherchaient quelque chose de plus européen. C’est là que Sylvain Delzant, qui est illustrateur de presse, intervient : il a créé Flynn, une mascotte qui suit le déroulement des bouquins et qui, en quelque sorte, met en scène ce que l’on raconte, illustre les chapitres.
- Peux-tu nous en parler un peu en détail stp ?
Au fil de la réalisation, on a un peu évolué. Déjà, l’iconographie dépasse et de loin le « gros nez » ou la « ligne claire ». Je fais appel à des amis afin de montrer comment ils travaillent et d’illustrer avec des cases de leurs productions. Ça rend les ouvrages très riches, et ça permet d’élargir le spectre, de sortir un peu du « gros nez » un peu franco-français. De fait, visiblement, ça marche, parce que certains éditeurs étrangers (notamment espagnols) semblent intéressés par les livres pour les éditer dans leur pays. Rien n’est encore fait, mais les contacts semblent pris.
On a aussi introduit une rubrique, intitulée « le témoin », où un auteur vient répondre à des questions que je lui pose et qui éclairent le contenu du chapitre où il intervient. En gros, il vient évoquer ses trucs et astuces personnels. Cela permet de faire entendre un autre son de cloche que le mien, de montrer la variété des méthodes, et de ne pas enfermer le bouquin dans une seule vision unique. Je trouve cela très pédagogique : le lecteur qui cherche des renseignements ne sera pas enfermé dans une seule méthode, mais pourra essayer plusieurs façons de faire, afin de développer sa propre manière. Par exemple, dans le Manuel consacré au storyboard, j’insiste sur l’importance de cette étape, mais Éric Hérenguel, quant à lui, précise qu’il ne fait jamais de storyboard, ou alors seulement quand il a besoin de résoudre des scènes difficiles. Cette rubrique plus les images reproduites donnent plein de pistes pour les bédéastes amateurs.
Car, oui, j’en profite pour pousser un peu un mot que j’aime beaucoup : « bédéaste ». Pour « auteur de BD ». Je trouve ça classe, sonore, parlant, ça évoque « cinéaste » ou « vidéaste », j’aime bien, alors je le mets partout !
Et puis, le dernier truc qu’on a mis en place à partir du deuxième Manuel de la BD, c’est de montrer, à la fin du bouquin, l’évolution de la réalisation d’une BD en fonction du sujet du tome. La BD s’appelle Cuivremonde, il s’agit d’une histoire courte que je réalise avec Geyser (c’est notre deuxième bébé après Omnopolis). Dans le tome consacré a scénario, le lecteur peut lire le scénario de Cuivremonde ; dans le tome suivant, il peut en voir le storyboard ; dans le suivant, il découvre les crayonnés… et ainsi de suite. La version complète sortira dans le volume consacré au lettrage.
La collection avance bien. On a déjà cinq bouquins dans les rayons des libraires, respectivement consacrés à la création de l’univers, au scénario, au storyboard, au dessin et à l’encrage. Je viens de relire les premières maquettes du sixième Manuel, consacré aux couleurs. C’est un tome qui m’a demandé plus d’effort que les autres, parce que je suis nul en couleurs, je n’y connais pas grand-chose, tant en termes de goûts qu’en termes de technique. Donc j’ai demandé à plein de gens, mais je me suis également reposé sur les épaules solides de mon éditrice, Nathalie Tournillon, qui a l’œil pour dénicher mes âneries, et qui, en plus, peint, durant ses loisirs. Donc elle s’y connaît pas mal et peut pointer les approximations, les trucs qui manquent… Ce Manuel est celui qui, selon moi, aurait peut-être mérité un cahier de plus, histoire de caser plus d’informations. Il est très dense, il contient plein de témoignages, et j’ai réussi à rassembler plein de documentation : des bleus de coloriage, des huiles, des gouaches, du feutre, des « step by step » de colo informatique… Bref, il est très chouette, et devrait être disponible en janvier prochain pour Angoulême.
Je commence à travailler sur le septième volume, qui devrait clore la collection, et qui sera consacré au lettrage, l’enfant pauvre de la BD franco-belge. Il y a plein de choses à préciser, plein d’exemples à donner, sur les sens de lecture, la place des bulles, la manière de gérer les flèchages de bulles, ce genre de choses. Là aussi, comme pour le Manuel sur les couleurs, je vais essayer de mettre en lumière les techniques traditionnelles (feutre ou bic ?) et les techniques informatiques (Photoshop ou X-Press ?). Ça sera du travail, mais je connais nettement mieux le sujet, je sais dans quelle direction aller.
Les Manuels de la BD, chez Eyrolles, sont des ouvrages de 96 pages, qui passent en revue les métiers de la BD. Ils sont vendus entre 20 et 22 euros pièce, et sont disponibles partout, pas seulement dans les magasins de beaux arts (genre Graphigro), mais aussi chez les libraires généralistes et BD. Mais on sait ce que c’est, les libraires n’ont pas toujours la place de tout mettre en rayon et de tout réassortir en temps et en heure. Donc si vous ne voyez pas les Manuels de la BD en rayon, n’hésitez pas à commander auprès de votre libraire. Et vous pouvez commander en ligne sur le site d’Eyrolles ( http://www.eyrolles.com/ ).
C’est un sacré défi, cette collection. Effectivement, on marche derrière le bouquin de Duc, qui est peut-être daté sur la couleur, mais qui reste une sacrée référence concernant le dessin, la composition, le découpage. Et puis, il y a de plus en plus de bouquins sur le sujet. Le Petit livre rouge du storyboard, de Vatine, montre bien l’intérêt du lectorat pour des bouquins techniques pointus. Donc faut être à la hauteur. Pour l’instant, j’ai de bons échos. Les professionnels aiment bien, apparemment. Fabien Vehlmann m’a fait un jour un excellent compliment : il m’a dit que c’est le type de bouquin qu’il aurait aimé trouver quand il s’est lancé dans le métier il y a des années. Venant d’un mec aussi doué que lui, c’est un sacré compliment, ça !
À Angoulème, dans un mois et demi, on fêtera les deux ans du premier Manuel. Ce sera l’occasion de voir si l’intérêt du public est toujours aussi vigoureux. On aura une nouveauté, un flyer promotionnel, une présence de plusieurs auteurs sur le stand, donc on va essayer de pousser la machine !
- « Plusieurs auteurs » ?
Oui, parce que j’ai oublié de dire que, parallèlement aux Manuels de la BD, j’ai aussi supervisé un bouquin intitulé Créez vos super-héros, qui se veut une typologie du genre super-héros, accompagnée de quelques trucs et astuces. Vous voulez créer vos justiciers masqués ? Il faudra leur donner un costume, leur trouver un nom, apprendre à les faire bouger… Dans Créez vos super-héros, j’ai développé un classement des super-héros (le justicier, le surhomme, l’homme de flamme…) et les dessinateurs ont montré un exemple à chaque fois, illustré par des extraits de BD et par des rubriques qui répondent à des questions (« quel nom lui donner », « quel costume lui dessiner »). Le tout est encadré par une première partie qui montre comment mettre en scène les super-héros, et par une dernière partie qui est en fait une BD de cinq pages, dessinée par cinq dessinateurs différents, afin de montrer que les super-héros peuvent se plier à plein de styles différents. Tu es au courant, puisque tu fais partie des auteurs qui ont été sollicités, avec Christophe « Les Apatrides » Malgrain, Jean-Jacques « Groom Lake » Dzialowski, Sylvain « Almanach Vermot » Delzant et Jean-Marie « Grimoire des Fééries » Minguez.
Les super-héros des différentes fiches ont été dessinés par Chris Malgrain et Jean-Jacques Dzialowski, et les couleurs de l’ensemble du bouquin ont été réalisées par Fred Vigneau, du studio Makma. Que dire de plus ? Ah oui, que la couverture a été dessinée à quatre mains par Chris et JJ, et que tu connais bien la coloriste, Serial Color, qui a réussi à illuminer cette illustration dans des conditions assez rodéo.
Un sacré boulot, beaucoup de préparation en amont, mais un joli défi et, au final, un chouette bouquin.
-Et à part ta vie de concepteur de manuels, tu es toujours auteur de BD ? Quelles sont tes actus, et tes projets ??? Dis-nous tout !
En fait, j’en suis arrivé à un point où toutes mes activités tournent autour de la BD et de l’écriture. Je fais des ateliers BD, par exemple, même si, comme je l’ai dit plus haut, je suis en train de passer d’une formule à l’autre, en ce moment (et donc, je suis moins sur la route, ces derniers mois, je passe davantage de temps devant mon ordinateur…). C’est très intéressant, parce que ça permet de formaliser des questions théoriques et pratiques que se posent les amateurs, et donc de verbaliser des réponses. Plutôt que de dire « c’est comme ça », faut trouver une manière de faire comprendre aux gens, et pour moi, ça m’est utile au moment de la rédaction des Manuels (mais aussi dans mon boulot de scénariste).
La deuxième partie de mon activité, c’est les conférences et les formations. Je suis régulièrement appelé pour donner des conférences auprès de différents publics. La dernière fois que j’ai fait ça, c’était il y a un mois, à la fac de Clermont-Ferrand, devant un public de bibliothécaires, de libraires et de documentalistes. Le sujet, c’était « la lecture de la BD », et avec mon conférencier (Zaitchick, qui traîne sur différents forums, dont superpouvoir.com, et qui, dans la vraie vie, est enseignant), on a évoqué les lignes de lecture, le lettrage, la composition des planches, le sens de circulation du regard, les séquences silencieuses, la diagonale gauche/droite, ce genre de choses… Il m’arrive de donner des formations à différents publics professionnels, sur des sujets variés comme « qu’est-ce qu’un graphic novel », « y a-t-il une BD européenne » ou « l’histoire des comics ». J’ai aussi dans ma besace d’autres conférences dont je suis assez fier, par exemple « l’œuvre de Will Eisner » ou encore « la figure de l’inventeur dans la BD ».
Depuis presque deux ans, j’écris aussi pour les jeux vidéos. Si tu vois passer les pubs télé pour Léa Passion : Maîtresse d’école, tu penseras à moi ! Pour l’essentiel, ce sont des dialogues, soit des dialogues de jeu en cours de développement, soit des rewritings de dialogues déjà prêts mais pas satisfaisants (trop longs, pas assez caractérisés…), soit des traductions pour des localisations sur le marché francophone. Je bosse en tandem avec Alex Nikolavitch. Notre travail nous mène souvent, aussi, à écrire des scènes entières, pas seulement en termes de dialogues, mais aussi en termes d’animation, de caractérisation (auquel cas on travaille avec les outils des designers 2D : la gueule des personnages, les attitudes au catalogue, tout ça…). Enfin, on a fait de la fiche personnage, ce genre de choses. Les jeux vidéos ont quelque chose de frustrant dans le sens où tu mets plein d’énergie et d’informations dans tes documents, mais pour de multiples raisons (pas la place, pas le temps, pas le budget…), plein d’idées finissent dans les placards. Ça enseigne l’humilité, mais aussi l’économie de moyens. Quand tu travailles pour la Nintendo DS, et que les dialogues doivent caractériser le personnage, filer de l’information au joueur, aller vite et rentrer dans le format de l’écran inférieur, tu apprends à faire sobre !
- Et donc, dans les interviews web, tu te venges et tu causes, tu causes, tu causes… Et la BD, dans tout ça ?
Et puis j’ai bien entendu mon activité de scénariste. Je suis assez content en ce moment parce que, après avoir fini le sixième Manuel, je peux me consacrer pleinement, en tout cas pour quelques semaines, à l’écriture de fiction. Le troisième Omnopolis est chez l’imprimeur (j’ai demandé à l’équipe de Bamboo de checker de près les pages, vu que je ne vais pas au calage du bouquin…). Je viens de finir d’écrire pour toi le script du deuxième 42, dont tu as déjà réalisé quelques pages et qu’il me tarde de voir développé. Deberg, le dessinateur des Policiers chez Clair de Lune, m’a demandé l’année dernière de lui écrire le troisième tome, parce qu’il séchait un peu. Là, il en est à une trentaine de pages dessinées, on arrive au bout de cet album qui devrait sortir au primtemps 2009. J’ai envoyé un nouvel épisode de Mickey à Jean-Luc Cochet, du Journal de Mickey, et je dois passer à l’épisode suivant. Avec Thierry Olivier, on s’est lancé dans une série parodique des polars scientifiques genre Les Experts, qu’on destine à Pif-Gadget, mais je n’ai pas de nouvelles de François Corteggiani : peut-être qu’il trouve ça nul !
Plus loin, j’ai quelques projets. Deux polars co-écrits avec Alex Nikolavitch, deux comédies dessinées par Jean-Jacques Dzialowski (mais JJ n’avance pas sur les pages d’essai), un projet que je destine à « Soleil Celtic », en co-écriture (mais pour l’instant, ça coince avec le dessinateur, qui est encore un peu jeune : je suis persuadé qu’il lui faudra quelques pages de plus pour être vraiment au top, donc ça ne va pas tarder), un autre projet SF en co-écriture, que je suis en train de refondre en profondeur, et qu’on destine à la collection « Néopolis » chez Delcourt, et un projet de thriller historique avec Luca Erbetta. Sans compter un pitch qui a bien plu à un directeur de collection, j’ai écrit quelques pages de démo mais, pareil, le dessinateur traîne la patte. Tous ces projets sont plus ou moins avancés, et sont donc à l’état de développement.
Et, tel que je connais le marché, la vie, l’univers et le reste, si ça se trouve, demain on me demandera de faire autre chose, de me lancer sur un autre projet, et ce sera ce projet sorti de nulle part qui verra son aboutissement. Ce sont des métiers où l’on prépare beaucoup de choses en même temps, et parfois la réussite vient de là où on ne l’attendait pas !
-Merci amigo ! Tu piques et on se velcrotte quand on se bise, mais c'est bien cool de te compter dans ma smala! :)
Bah moi ça me fait bien plaisir d’en mettre des tartines. Ça t’apprendra à me dire que « j’avais la place » ! Encore merci pour l’invitation !!!








